On parle beaucoup d’intelligence artificielle : elle doit nous sauver la vie mais menace les emplois peu qualifiés ; elle aide à la prise de décision mais permet de manipuler les opinions publiques. L’intelligence artificielle devrait être la prochaine révolution majeure de nos modes de vie. 

Et s’il y a bien un milieu où les ordinateurs et les intelligences artificielles ont joué un rôle majeur, ce sont les échecs. Depuis la défaite de Kasparov contre Deep Blue en 1996, les algorithmes n’ont fait que progresser. Il est intéressant de se pencher sur le jeu des rois, car il montre bien la transformation que peut apporter la technologie à un milieu qui n’a rien de “peu qualifié”. 

La pratique des échecs à haut niveau a largement été modifiée par l’apparition de moteurs de calcul de plus en plus complexes : une grande partie du travail des Grands Maîtres consiste aujourd’hui en l’interprétation d’analyses faites par ordinateur.

Il suffirait alors d’apprendre les meilleurs coups et le jeu aurait perdu tout son intérêt. Mais là où les ordinateurs sont capables de réfuter toute idée un peu originale avec un jeu parfait, les humains peuvent se tromper.

L’idée n’est donc pas nécessairement de trouver le meilleur coup, mais de proposer un très bon coup qui amène la partie sur une fine ligne de crête : il faut alors jouer parfaitement pour ne pas tomber. 

De même, ces moteurs de calcul ne sont pas parfaits et les technologies évoluent : avec l’introduction du Deep Reinforcement LearningDeep Mind a frappé un grand coup en introduisant Alpha Zero. Ce nouveau moteur de calcul a fait ses preuves contre ses concurrents les plus puissants. Il a même apporté une nouvelle vision du jeu, plus romantique, plus proche de l’esprit des joueurs du XIXe siècle. S’il est difficile de parler de personnalité pour un moteur de calcul, on peut toutefois remarquer que différents moteurs peuvent avoir différentes visions de ce qui est un bon coup et de ce qui ne l’est pas. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles des compétitions de moteurs sont organisées. 

Que nous apprennent donc les échecs sur l’intelligence artificielle ? Elle peut tout d’abord modifier complètement la manière d’effectuer certaines tâches, et pas seulement des tâches dites peu qualifiées. Elle sert alors d’outil, d’aide à la prise de décision, à l’exploration de solution, … Mais on remarque aussi que ces outils ne sont pas parfaits et que leurs performances dépendent de beaucoup de facteurs : puissance de calcul, modélisation du jeu, technologie utilisée, etc. Les avancées technologiques en matière d’intelligence artificielle montrent d’ailleurs ces différences. 

Certains ont vu dans les échecs un révélateur des rapports de force géopolitiques. Peut-être prophétisent-ils, là aussi, l’émergence de ce nouvel acteur ?

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